Les poules couvent souvent au couvent.

Aujourd’hui, Mireille et moi on n’avait pas trop la pêche. Dans ces cas-là, il existe deux plans quasi infaillibles pour nous remonter les zygomatiques : A) danser sur de la musique pas intellectuelle, ou B) manger un truc vachement bien. Comme on n’était que lundi et que quand même bon, on a opté pour le plan B. Vu l’ambiance, il nous fallait quelque chose de distrayant et de réconfortant,  du dépaysant mais presque comme à la maison, de la valeur sûre,bref du Bon d’Etat comestible. « Portugais ? » « Portugais. »

Nous voilà donc en train de nous refaire un moral devant un poulet grillé de bonne famille et une morue aux oignons qu’un jour si vous êtes sages on vous en reparlera, quand à l’instant T’, Mireille décrète qu’elle veut une crème glacée, fait assez exceptionnel pour un 27 janvier ( j’y reviendrai en temps voulu). Pour faire bonne figure et parce qu’aux grands maux les grands remèdes, je décide de la suivre sur la route du sucre et j’indique du doigt au serveur un nom au hasard sur la carte.

A ce moment de l’histoire, je ne sais pas encore que ma vie (et celle de mon foie) est sur le point de basculer.

Jusqu’ici, mon expérience du « doce » portugais s’était limitée à ses deux représentants les plus courus qui, sans faillir à leur réputation, n’avaient pourtant pas réussi à conquérir mon coeur : le pastel de nata (mini tartelette feuilletée remplie d’une crème jaune façon crème brûlée)  et le bolo de arroz, une sorte de madeleine joufflue à la farine de riz.

Et là, voilà que m’arrive sur la table, voilée de cannelle et zébrée de chocolat, belle comme une première communiante le jour de ses secondes noces,  une énorme part de CECI:

Qui a dit « Omelette Norvégienne » ?

La « torta de claras com doce de ovo », ou « gâteau de blanc d’oeuf farci à la crème d’oeuf » (peut contenir des traces de : oeuf.)

Une masse mousseuse et crémeuse qui résiste à peine sous la cuillère et explose en bouche en un carnaval de textures au goût richement enveloppant (un goût d’oeuf, s’entend, pas la peine de chercher la note fruitée là-dedans, y’en a pas).

Mes papilles ont crié encore. Mon foie est allé m’attendre dans la voiture. Mireille, qui connait mieux le Portugal que moi, a rigolé.  » Quoi, tu savais pas? Ils ont un truc avec les oeufs, là-bas… »

Encore sous le choc de cette rencontre, j’ai voulu comprendre ce qu’était ce gâteau et d’où provenait cette délicieuse débauche ovivore dont je n’avais pas la moindre idée.

Il se trouve donc que la torta de claras, loin d’être une exception, n’est qu’un humble point sur la très longue liste de la « Doçaria conventual », soit les « desserts conventuels », fabriqué par les religieuses et les religieux dans le secret de leurs couvents et monastères.

Voici le peu d’info que j’ai réussi à glaner jusqu’ici:

« L’origine des desserts conventuels au Portugal remonte au XVe siècle. Elle est notamment liée à l’utilisation abondante de blancs d’œufs par les couvents. Les blancs d’œufs servaient en effet à la fabrication des hosties, mais aussi comme substitut d’amidon pour empeser les vêtements religieux, ainsi que pour clarifier le vin. Afin de ne pas gaspiller les nombreux jaunes d’oeufs laissés de côté par ces opérations, les religieuses portugaises (pour la plupart des jeunes filles issues de la noblesse et de la bourgeoisies, rompues aux arts ménagers) se sont alors mises à enrichir et à complexifier d’anciennes recettes traditionnelles de gâteaux. Bientôt, chaque couvent s’enorgueillit de « sa » spécialité délicate, à la recette jalousement gardée. A la même époque, les explorateurs ramènent du Nouveau Monde la canne à sucre, qu’ils se mettent à cultiver sur l’île toute proche de Madère. Le sucre, jusqu’alors considéré comme un ingrédient pauvre, détrône alors le miel et devient l’édulcorant le plus utilisé dans la pâtisserie religieuse. »

Si les communautés religieuses ont pour la plupart disparu, les recettes ont survécu, et chaque ville n’a eu de cesse depuis de perfectionner et promouvoir sa spécialité pâtissière. Chacune d’entre elles mériterait un post à part entière. A suivre, donc.

En attendant la prochaine incartade portugaise, une tisane de fenouil s’impose.

(Sinon, le moral va beaucoup mieux.)

Pour goûter la torta de claras que j’ai mangée, c’est ici 

Pour la recette (en portugais), c’est

Sources:

http://www.gastronomias.com/doces/conventual.htm

http://pt.wikipedia.org/wiki/Do%C3%A7aria_conventual

http://tascadaelvira.blogspot.be/2006/03/que-doeufs-que-doeufs.html

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