A comida portuguesa : On a mangé Porto ( troisième et dernière partie)

Hé oui, suite et fin de notre saga portugaise, car toute les bonnes choses ont une fin, Lectorat.

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Mais avant de se quitter, tu vas sûrement vouloir reprendre un peu de dessert, et c’est là que je te prends par la main pour t’emmener au jardin des délices.

Car si Dieu existe, Dieu a sûrement passé son fameux Septième jour à se goinfrer de desserts portugais. Moi en tout cas si j’étais Dieue,  c’est ce que j’aurais fait.

 

Chapitre quatrième: la pâtisserie (doçaria)

Je pourrais m’étendre sur les desserts en général mais je fais le choix délibéré de vous parler de la seule et unique vraie bonne raison d’aller au Portugal: la pâtisserie.

 

Une fois encore, énoncons la vérité toute nue: la pâtisserie portugaise, c’est essentiellement:

  • des oeufs
  • du sucre
  • un peu de farine
  • un peu de cannelle
  • des oeufs
  • du sucre
  • et des oeufs.

 

Cependant, et une fois encore, le génie de l’inventivité pallie complètement la redondance des ingrédients. La cuisine portugaise fait décidément beaucoup avec peu. Mais pourquoi tant d’oeufs, déjà ?  A cause de Dieu, encore. J’en parlais *ici*, mais une redite s’impose:

“ L’origine des desserts conventuels au Portugal remonte au XVe siècle. Elle est notamment liée à l’utilisation abondante de blancs d’œufs par les couvents. Les blancs d’œufs servaient en effet à la fabrication des hosties, mais aussi comme substitut d’amidon pour empeser les vêtements religieux, ainsi que pour clarifier le vin. Afin de ne pas gaspiller les nombreux jaunes d’oeufs laissés de côté par ces opérations, les religieuses portugaises (pour la plupart des jeunes filles issues de la noblesse et de la bourgeoisies, rompues aux arts ménagers) se sont alors mises à enrichir et à complexifier d’anciennes recettes traditionnelles de gâteaux. Bientôt, chaque couvent s’enorgueillit de « sa » spécialité délicate, à la recette jalousement gardée. A la même époque, les explorateurs ramènent du Nouveau Monde la canne à sucre, qu’ils se mettent à cultiver sur l’île toute proche de Madère. Le sucre, jusqu’alors considéré comme un ingrédient pauvre, détrône alors le miel et devient l’édulcorant le plus utilisé dans la pâtisserie religieuse. »

 

(Note à mes amis des Monomaniaques Anonymes:  si le sujet vous branche, j’ai eu l’occasion de feuilleter CE MAGNIFIQUE LIVRE. Pas traduit à ce que je sache, mais qu’importe, c’est pas ça qui va vous arrêter hein? )

 

Alors, non, même à deux, Mireille et moi ne sommes pas parvenues à tous les goûter en deux semaines. Mais voici notre humble et néanmoins très honorable palmarès:

Le pastel de nata (un pastel, deux pasteis). La pâtisserie nationale, une tartelette de pâte feuilletée remplie de crème aux oeufs et à la vanille. A déguster impérativement hyper frais et encore tiède.

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Le pastel limonete : mon petit chéri. Un petit pavé rempli de crème aux oeufs citronnée, cannelle et chocolat. Un OVNI assez addictif.

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O toucinho do ceu (lard céleste ou crème de paradis): du sucre, des amandes, du sucre, des am…

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Torta de algarve: ma Kryptonite.

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A Jesuita: un énorme biscuit feuilleté à la cannelle qui f’effritte délifieuvement dans la boufe.

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Queijadinha de leite: un petit flan aux oeufs et au lait. Existe aussi aux fruits de la passion.

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Queijada de Sintra: pas de Porto mais de Sintra comme son nom l’indique,  si vous les trouvez à l’aéroport ruez-vous, c’est une cartouche de six orgasmes à la pâte d’amandes, rien de moins.

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A pata de veado: une génoise au coco qui m’a rappelé les Napolitains de mon enfance

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Chapitre cinquième: l’alcool (*insérez ici votre onomatopée préférée*)

Porto, évidemment, c’est le porto. Tout le monde connaît, tout le monde a tendance à trouver que c’est un alcool de vieux, jusqu’au jour où on se surprend à en acheter et même à en descendre quelques bouteilles avec les amis en soirée (et là, deux hypothèses affleurent la surface de ta conscience: soit tu avais tort, soit tu es devenu vieux, mais dans les deux cas, ce n’est pas très grave.)

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Mais le porto, c’est quoi au juste? Pour le savoir (et pour boire aussi), Mireille et moi sommes allées visiter les caves du célèbre Sandeman. C’était tellement bien que j’ai enregistré la visite et que je vous ferai un post à part sur l’histoire du porto. Mais en deux mots, le porto c’est un vin muté, c’est-à-dire un vin dont on a arrêté volontairement la fermentation et la maturation par l’ajout d’alcool pur, ce qui permet de conserver un taux de sucre élevé dans la liqueur.

On en trouve du blanc, du  rouge (ruby) et du rouge foncé (tawny, mon favori), plus oxydé et aux arômes plus complexes. Tous les portos AOC sont produits exclusivement dans la seule vallée du Douro, et sont ramenés à Porto (ou plutôt à Vilanova de Gaia, de l’autre côté du fleuve), où ils sont mis à vieillir en fûts, avant l’assemblage et la mise en bouteille.

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Je ne peux que vous conseiller la visite, c’est sympa, instructif et en plus on trinque à la fin.

 

O Licor Beirao

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L’arrière-goût de nos vacances. Si vous ne devez vous prendre qu’une seule cuite lors de votre séjour, que ce soit avec elle. Comme beaucoup de digestifs, cette liqueur aux herbes douce-amère, à la recette jalousement gardée (même si on y distingue clairement la cannelle et la badiane) a fait ses débuts au 19e siècle comme potion médicinale avant de se retrouver sur les étagères de tous les troquets nationaux. A déguster sur glace après le repas ou en cocktail (Caipirao ou Morangao) si vous êtes d’humeur festive.

 

La Bière

La blonde locale, c’est la Superbock. Bonne fille et pas chiante, elle se boit avec tout. Essayez aussi la version stout, surtout avec un prego ou un sandwich.

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Chapitre sixième: 50 nuances de café

Bonne nouvelle: le portugais est caféinomane. Ce qui signifie que le café y est 1) très bon ( du genre que tu peux affoner sans risque aucun de haut-le coeur/ nausée/frisson de dégoût) et 2) pas cher (entre 60 et 90 cents pour un petit café noir).

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La preuve.

Mauvaise nouvelle: si on souhaite autre chose qu’un petit café noir, un peu de préparation est nécessaire pour naviguer au travers de la carte des boissons chaudes. Soit tu te sens l’âme d’un aventurier et tu commandes à l’aveuglette, pour la science, soit tu fais un petit effort et tu mémorises ce qui suit:

 

Bica: espresso noir, serré, servi juste avec le sucre réglementaire à part. C’est ce qu’on vous servira par défaut si vous commandez un café.

Duplo: “double”, un double shot d’espresso.

Pingo: un espresso avec un nuage de lait

Meia de leite: littéralement “moitié de lait”, et donc moitié café

Galao: l’équivalent d’un lait russe (beaucoup de lait chaud et un peu de café)

Carioca de limao: de l’eau chaude avec une tranche de citron. (non moi non plus, je ne vois pas le rapport.)

Carioca de cafe: de l’eau chaude avec une tranche de café. Plus sérieusement, c’est un café tiré d’un marc déjà passé une première fois, et donc très léger.

Descafeinado: Hors de ma vue.

 

Epilogue: tout ce qu’on n’a pas mangé

J’arrive au bout de mes notes, Lectorat. Cela dit,  je sens que je vais devoir me fendre d’une ou deux explications. Malgré les réclamations et recommandations incessantes reçues, tu remarqueras que la grande absente de cette épopée bouffesque, c’est la francesinha.

Je vais faire appel à un interlocuteur neutre et objectif pour vous introduire le sujet: “La francesinha est composée de tranches de pain de mie blanc garnies de linguiça (une saucisse fumée), de saucisse fraîche, de jambon, de viande de bœuf ; ils peuvent être remplacés par des tranches de filet de porc cuit, du jambon… Le tout est couvert de fromage qui fond ensuite. Le sandwich est présenté baignant dans une sauce à base de tomate, bière et piment et garni de frites (et parfois d’un oeuf au plat). “

La francesinha, c’est un peu à mes yeux le chaînon manquant de la crabouffe, en cela qu’elle se situe au confluent d’à peu près toutes les crasses nationales à base de viande recensées au monde. L’enfant chéri et monstrueux d’une orgie entre un croque-monsieur, un hamburger, une currywurst et une poutine. Bref, un exploit conceptuel en soi.

Deux semaines, c’est long mais pas assez pour tout goûter, ce qui implique donc de faire des choix. Si j’ai décidé de passer mon tour sur la francesinha, c’est sans doute parce que j’ai toujours eu un sentiment ambivalent vis-à-vis des “plats nationaux”. Si je croise des touristes à Bruxelles, je ne vais certainement pas les envoyer manger des moules rue des Bouchers ou une pitta et des gaufres derrière la Grand-Place. J’aime penser qu’on peut découvrir une ville et être en phase avec elle et ses habitants d’aujourd’hui sans se farcir les étapes obligées d’un folklore kitsch maintenu sous respirateur artificiel par les offices du tourisme.

Bref, la francesinha c’est sûrement très bon, je vous crois, mais à force de me la voir recommandée avec insistance à chaque coin de rue (alors que son histoire n’a pas grand-chose à voir avec les produits locaux, en fait), j’ai fini par ne plus en avoir envie.

 

Mais bon, ça me fait aussi une très bonne raison pour retourner à Porto.

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Muitos Beijinhos, et bonnes vacances hein dis.

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