Chronique radio « C’est Presque Sérieux » : De politicus correctibus (ou un truc du genre)

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Cette semaine va marquer les esprits par deux événements de nature et de portée complètement différentes: il y a d’une part, demain, le  21 octobre, le “Back to the future Day”, jour qui célèbre les 30 ans de la saga Retour Vers le Futur et qui est aussi la date à laquelle, dans le film, Marty Mc Fly et le Doc arrivent dans le futur. Et d’autre part, il y aura, jeudi 22 octobre, les obsèques d’Anne-Marie Lizin. Quel rapport entre les deux? A priori aucun, mais j’y viens.

J’ai deux passions dans la vie: la langue française et la science fiction. Quand j’étais gosse, je rêvais de voyager dans le temps pour être « archéologue de mots ». Heureusement, j’ai finalement opté pour un plan de carrière beaucoup plus réaliste, lucratif et stable: je suis chroniqueuse radio. Comme quoi tout est relatif.

Mais j’en ai gardé un goût pour l’étymologie, cette cousine moche et pas glamour de l’archéologie.( Non mais c’est vrai, j’admets, imaginez: “Indiana Jones et les aventuriers du Glossaire perdu”:  je ne suis pas certaine que la série aurait eu le même succès.)

Toujours est-il que, grâce à l’étymologie, nous savons que  le mot “obsèques”, justement, vient du latin “obsequium” qui désigne un cortège de suiveurs, mais qui peut aussi signifier l’obéissance, la complaisance, la déférence excessive, et cela nous a d’ailleurs donné l’adjectif obséquieux.

Et “obséquieux”, c’est le seul qualificatif qui me vient quand je lis les déclarations qui fleurissent depuis le décès de d’Anne-Marie Lizin. 

Exception faite des « salauds officiels », il semblerait qu’à chaque fois qu’un personnage public décède, tout le monde panique et se rallie à ce code de secours tacite qui tient à peu près dans l’adage suivant: « Des morts, tu ne diras que du bien ». Cette perle de sagesse, on la doit d’ailleurs au philosophe Chilon de Sparte, l’inventeur du politiquement correct,  un mec brillant à qui on doit aussi, entre autres, des dictons du style: « Mieux vaut une perte qu’un gain honteux” ou « Que ta langue ne devance pas ta raison. » Mais curieusement, ces deux-là ont eu un peu plus de mal à traverser les âges.

Personnellement, toujours dans mon fantasme d’archéologue spatio-temporelle, je suis persuadée que Chilon de Sparte, justement, voyageait lui-même dans le temps et que, réalisant qu’on était en -6 avant JC et qu’il allait donc mourir avant tout le monde et rester mort pendant plus longtemps que la moyenne, a rajouté cette phrase vite fait en post-scriptum de ses mémoires, juste histoire de couvrir ses arrières pour l’éternité. Il a ainsi inventé « l’immunité diplomatique post-mortem », un pur coup de génie que même Silvio Berlusconi n’aurait pas renié. Et ça a tellement bien marché qu’on l’applique encore aujourd’hui!

La preuve: il a fallu qu’Anne-Marie Lizin, si je puis dire, passe l’arme à gauche pour la dernière fois (alors que des passes d’armes à gauche, elle avait brillamment fait ça toute sa vie) pour qu’on exhume la longue liste de ses accomplissements. Pour qu’on se souvienne subitement que, au-delà des crépâges de chignons communaux et intestins sur lesquels je ne m’exprimerai pas ici car  je les trouve extrêmement peu passionnants,  Anne-Marie Lizin s’était, ah tiens oui, c’est vrai, aussi décarcassée pour des batailles autrement plus grandes. Malheureusement, nul n’est prophète ni en son pays, ni en son époque, un certain Jésus pourrait vous en parler longuement.

Cependant, ce révisionnisme funèbre me pose problème, à moi. Arrêter de dire ce qu’on pense de quelqu’un JUSTE parce qu’il est trépassé, je ne trouve déjà pas ça très logique.  Mais alors, SE METTRE A DIRE DU BIEN d’un trépassé alors qu’on n’avait jamais fait grand cas de sa personne de son vivant, c’est franchement le dernier degré de la mesquinerie. Dans ma Bible de chevet à moi, l’Evangile selon Saint-Pierre Desproges, on peut lire: “Moquez-vous des morts, ils peuvent pas se défendre.” Et j’ai bien envie de rajouter: “Et en plus vous leur rendrez service.”

Parce que, oui,  militer pour le droit de dire du mal des morts, c’est respecter leur mémoire dans son intégralité, et c’est se réserver le droit d’en dire aussi du bien en toute tranquilité d’esprit.

C’est peu dire d’Anne-Marie Lizin qu’elle était une cheville carrée dans un trou rond, ce trou parfaitement circulaire et merveilleusement bien huilé qu’est l’arène politique belge, ou peut-être devrais-je dire manège, vu qu’on y tourne en rond depuis près de 40 ans. Chacun aura son opinion sur le personnage qu’elle a été et sur son parcours. Je ne peux pas faire de saut dans le futur, ma DeLorean étant toujours à l’entretien, mais j’espère que jeudi, et dans les jours, mois et années qui suivront, le “politiquement correct” sera laissé au vestiaire au profit du “politiquement sincère”, voire, on peut rêver, du « politiquement honnête ».  Et si cela sonne comme un scénario tiré d’une réalité parallèle, ma foi tant pis: en bonne fan de science-fiction, j’assume.

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