Chronique radio « C’est presque sérieux »: Même pas peur.

Lien vers le podcast (chronique à 34:02): « C’est presque sérieux » -La Prem1ère, émission du 02/11/2015

 

Heureux hasard du calendrier, cette année encore, Halloween tombait la veille de la Toussaint.

(Je vous laisse méditer là-dessus.)

Oui, Halloween, cette fête que les grincheux qualifient de vulgaire et bruyante, cet import d’outre-Manche qui n’a pas attendu le TTIP pour nous envahir, cette orgie du mauvais sucre, comme disent les bobos contrariés. Peu importe, moi, j’adooore Halloween. Déjà toute petite, j’aimais cet univers mi-magique mi-macabre qui à l’époque n’existait que dans les films de Tim Burton. Ca me parlait parce que quand on est môme, se faire peur c’est un super jeu, on a peur tout le temps, et de trucs un peu fantastiques, des monstres, des sorcières, des loup-garous, on a peur du noir (enfin apparemment quand il s’agit d’avoir peur du noir, y’a encore beaucoup de grands enfants un peu partout).

Moi quand j’étais gosse, des expressions comme “chasse aux sorcières”, “vampire” ou “conducteur fantôme” ça me faisait rêver, je trouvais ça palpitant. Aujourd’hui, je sais qu’un conducteur fantôme c’est juste un ahuri probablement bourré qui se balade à contresens sur la nationale, et qu’un vampire, c’est un contrôleur fiscal, tout de suite c’est moins magique… Mais il faut se faire une raison, tout est un peu moins chouette en grandissant, y compris avoir peur.

Malgré tout, je n’ai pas voulu bouder mon plaisir, et cette année, j’ai tenté de fêter Halloween comme une adulte, et je m’y suis même pris à l’avance pour trouver LE déguisement qui ferait vraiment peur à tous mes amis.  J’ai d’abord pensé à me déguiser en réfugiée (facile) mais c’était tellement réaliste que j’ai failli me faire épingler par ma propre belle-soeur qui ne m’avait pas reconnue (c’est pas sa faute, elle est de Walcourt). Puis j’ai tenté le costume « plateau de charcuterie »: ça faisait Lady Gaga, mais en plus gras, et je sais que dans cancérogène y’a “érogène” mais franchement c’était pas possible. Enfin, troisième option qui fait super peur, j’ai voulu me déguiser en “tax shift”, mais j’ai vite abandonné, c’était trop compliqué, et surtout ça coûtait trop cher.  Finalement j’ai fait comme chaque année, j’ai enfilé une robe noire, je me suis poudré les cheveux et je me suis peint les paupières, parce que quand il s’agit de faire peur, le “Joëlle Milquet” reste un indémodable.

Une autre dure réalité qui te frappe de plein fouet quand tu es adulte, c’est que, juste après Halloween, tu dois te farcir la Toussaint, et que la combinaison des deux n’est en fait qu’une mauvaise répétition générale du Nouvel-An: c’est à dire, un marathon de 24 heures qui commence par une soirée de débauche, où tout le monde boit trop pour oublier qu’il est mal à l’aise dans son accoutrement ridicule, où les filles se sont donné beaucoup de mal pour avoir l’air sexy alors qu’une sur deux a complètement raté son maquillage, et tout ça s’enchaîne sur une journée un peu chiante où tu traînes ta gueule de bois dans une tournée obligatoire des membres de la famille que t’as pas vu depuis une éternité mais à qui il faut absolument rendre visite ce jour-là, par politesse (sauf qu’à la Toussaint, non seulement tu te pointes avec des fleurs mais tu reçois même pas de dringuelle en retour, bref c’est la lose totale).

D’après les chiffres, la moitié des Belges se rend encore au cimetière pour la Toussaint. Les autres ont sans doute installé Facetime sur la tombe du cher disparu, ça leur évite de se déplacer. Mais dans ma famille, on fait encore ça à l’ancienne: on remplit le monospace de chrysanthèmes, on fait les sandwiches et on est parti pour toute la journée, c’est une vraie excursion.

Alors certes, j’adore Halloween, mais par contre j’ai horreur de la Toussaint, parce que ça m’oblige à penser à mes vraies peurs. Aujourd’hui, j’ai des peurs très basiques et très nulles,  comme ouvrir mes factures, voir mon premier cheveu blanc dans le miroir, ou, simplement, mourir, ce qui est vraiment une peur de vieux.

Mais hier, il s’est passé un truc. On devait en être à notre 8e cimetière environ, quand, entre deux potées de fleurs boueuses, je suis tombée une vieille tombe oubliée, sur laquelle était gravée une phrase, et ça disait juste : “Merci, on a bien rigolé”.

Et là, je me suis dit que, le jour où je meurs (si possible pas tout de suite), j’aimerais bien qu’on m’écrive une épitaphe pareille. Car finalement, grandir, vieillir et même mourir, c’est pas si grave, tant qu’entre les deux, on a pris le temps d’avoir vécu.

peur

 

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