Chronique « C’est presque sérieux »: In cibo veritas

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      C'est presque sérieux - La Prem1ère

On savait déjà que boire de l’alcool augmentait fortement vos chances de vous reproduire et de pérenniser votre héritage génétique, pas tant parce que l’alcool rend plus charismatique, mais surtout parce qu’il altère le jugement. On apprend aujourd’hui que boire de la bière améliorerait les performances sexuelles des hommes. Messieurs, avant de prendre d’assaut le premier troquet venu pour vous transformer en Corto Malté, merci de m’écouter jusqu’au bout, car d’orge à orgie, il y a quand même un pas que je ne franchirais pas.

Dans son dernier ouvrage du cru, la sexologue Kat Van Kirk explique que la bière est la meilleure alliée de l’homme car elle est à la fois riche en fer (qui active la circulation sanguine) et en phytoestrogènes, une hormone qui aurait pour effet de retarder le « moment fatal ». J’ai fait mes recherches, et oui, le houblon contient bien du phytoestrogène, mais cette hormone favorise surtout… le stockage des graisses au niveau des cuisses et le développement des seins. Quant au fer, il y en a effectivement dans la bière mais il vous faudrait en boire environ 40 litres pour atteindre la dose recommandée. A ce stade, le seul fait de se traîner jusqu’aux toilettes sans faire un coma éthylique est déjà une performance. Bref, le tableau d’ensemble ressemble surtout à une mise en bière du devoir conjugal. Mais oublions un instant vos rêves de blondes et de brunes se jetant sur vous en plein Délirium Tremens et élargissons le débat, voulez-vous.

Qu’une Gueuze de sexologue se fasse mousser pour vendre ses manuels, passe encore. Que des médias mal informés se mettent à brailler en choeur à la moindre vibration de la bouffosphère (mangez du gras! N’en mangez pas! Buvez du vin rouge! Oui mais pas trop! Mangez des myrtilles! Ah non, zut, c’est cancérigène!) on y est habitué. Mais ce qui m’interpelle là-dessous, c’est la facilité avec laquelle l’être humain remet aveuglément son petit destin entre les mains de ce qu’il ne comprend pas et dépasse son entendement: Dieu, Nicolas Sarkozy, les régimes santé ou les articles pseudo-scientifiques. On dirait que plus l’obscurantisme recule, plus on veut se raccrocher à ces dernières parcelles d’inconnu, tel l’index qui cherche frénétiquement les dernières miettes de cacahuètes au fond du bol à l’apéro.
Plus qu’un besoin primaire ou une source de plaisir, le manger et le boire sont devenus une affaire de tribus, une définition du Moi, voire une expression en creux d’un nationalisme bête et méchant.

La Cavalerie “Je suis Charcuterie”, et l’armée “Je suis Fromage de Herve”, répondent aux Prêtres du Véganisme ou aux Croisés du sans Gluten. Alors, certes, “on devient ce qu’on mange”, mais moi ce Game of Thrones culinaire me fatigue. Soyez Sirop de Liège, soyez Halal, soyez Casher, soyez un  Abruti d’Origine Contrôlée, si ça vous chante, mais soyez-le en toute connaissance de cause, et si possible en silence. Il en va du garde-manger comme des convictions politiques et religieuses : ce qu’il contient ne regarde que vous, n’intéresse que vous, et ne vous dispense pas des bonnes manières.  

On devient ce qu’on mange, disais-je. Moi, je suis Omnivore pratiquante. Ca veut dire que j’ai un pied dans le plat à tarte et l’autre dans la soupière bio, et un bon gros steak dans chaque main. Et j’aimerais continuer à me vautrer dans l’oecuménisme gastronomique en toute tranquillité et sans qu’on en fasse une affaire identitaire. D’ailleurs ce soir, je poserai un geste symbolique fort et j’irai me faire une frite sauce andalouse. Avec un Poulycroc. Parce que, comme disait l’autre: “Que celui qui n’a jamais péché me jette la première bière.”

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