Chronique « C’est presque sérieux » 20/11/2015: Tinder Country.

Lien vers le podcast (chronique à 36:36):

Tinder, l’entremetteur 2.0, le pourvoyeur de bonne compagnie, voire le plus grand réseau d’über-proxénétisme au monde, entre en Bourse. Célibataire en goguette à la culotte légère, sache donc que dorénavant, on a part de marché sur ta lune!


Petit rappel express pour tous nos auditeurs de plus de 75 ans (ou pour ceux et celles qui sont en ce moment même avec leur tendre moitié et qui, du coup, font très fort semblant de ne pas savoir ce qu’est Tinder) : Tinder est une application de rencontre, une sorte de catalogue Neckermann de la drague, lanterne magique qui, d’un simple effleurement du doigt, te permet de te procurer une dose d’amour à usage unique sans sortir de chez toi. “Usage unique” ou pas en fait, vu qu’il y en a même qui disent qu’ils connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a trouvé l’amour sur Tinder. (Après, y’a aussi des gens qui disent avoir vu la Vierge dans leur garage ou des des calculs corrects dans les dossier de Jacqueline Galant: c’est pas tant une question de sincérité mais plutôt de perception toute personnelle de la réalité.)


Toujours est-il que, grâce à Tinder, plus besoin de s’emmerder à sortir, voir du monde, scruter la foule et dilapider ton salaire en verres que tu offres à des filles sans savoir si elles sont disponibles ou même si tu les intéresses. Tu peux même partir en city-trip débridé avec tes amis et draguer des spécimens locaux depuis ta chambre d’hôtel.

Si ça marche, c’est sans doute parce que l’être humain est une feignasse, mais aussi parce que le concept en appelle à nos bas instincts d’homo consuméris : sur base d’à peine trois phrases et quelques photos, l’application te demande de décider si une personne te plaît ou pas. Et il y a effectivement quelque chose de jouissif à ramener l’autre au rang d’objet du désir et à écarter un profil pour des motifs aussi futiles qu’une casquette moche, une faute d’orthographe, un emoji de trop ou un mauvais choix de filtre sur une photo Instagram.

En fait, l’engouement pour ce concept simple et génial est tel que je m’étonne qu’on n’ait pas déjà tout “Tinderisé”. Les déclinaisons sont infinies: on pourrait par exemple concevoir un Tinder pour les migrants, qui leur permettrait de se géolocaliser entre eux. Parce que trouver l’amour sur un radeau en Méditerranée ça relève déjà du miracle, alors si c’est pour perdre sa trace dans les Balkans… (En plus la Serbie pourrait s’en servir pour trier les réfugiés à la frontière, ça irait beaucoup plus vite.) On pourrait aussi organiser des élections via Tinder. On appellerait ça Pinder, avec un P comme Politique (toute allusion à un cirque très connu serait purement fortuite).  Cela obligerait les politiques à être concis dans leur programme: avec une limite à 500 caractères, difficile de mentir ou de noyer le poisson. Pas de blabla donc, et des politiques qui se montrent sous leur meilleur profil, on irait quand même plus vite et je suis certaine que tout le monde voterait!  La vie en Tinder, ce serait vachement plus simple.


Ou pas en fait.  Cette entrée en Bourse nous montre avant tout que le marché de la solitude se porte bien. Tinder, c’est surtout  10 millions d’utilisateurs journaliers qui, pris dans la valse infernale du choix infini, effectuent 850 millions de “swype” par jour. Parce que cette sublime blonde aux yeux bleu ou ce grand brun plein d’humour ne feront jamais le poids face au fantasme de la photo suivante, celle qui est peut-être encore mieux,  cachée en dessous de la pile de profils qui ne se réduit jamais. Tinder le sait bien, et ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Tinder c’est plus cher à partir de 30 ans: c’est parce que le tic-tac de l’horloge biologique s’y fait encore plus pressant. Hors, pendant que tu swypes, pris au piège, le temps s’écoule… Mais si on a inventé l’hyperchoix, on n’a pas encore mis la main sur l’hypertemps qui irait avec.

Je t’engage donc, Tindeur, Tindeuse, à poser ton téléphone et à commencer par reconnecter avec ton voisin ou ta voisine de table. Parce que le plus beau des profils ne remplacera jamais le contact humain, si imparfait soit-il. (Et puis, je suis certaine qu’en cherchant un peu vous allez trouver quelque chose à vous dire.)

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by Banksy.

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