Chronique « C’est presque sérieux » mardi 01/12/2015 : Violence, nom féminin

Cela vous avait peut-être échappé dans le tumulte de l’actualité de ces derniers jours, mais le 25 novembre, c’était la journée Mondiale de la lutte contre la violence faite aux femmes.

Lien vers le podcast (chronique à 26:11) :

      C’est Presque sérieux- La Première RTBF

Disons-le tout net: je n’ai jamais été très fan du concept de Journée Mondiale. Je trouve ça un peu hypocrite. Je trouve que ça fait genre “Allez, on disait qu’aujourd’hui c’est ta fête, comme ça le reste de l’année tu nous fous la paix et on peut parler d’autre chose”. Mais pour les causes importantes, je peux faire une exception. Et ce 25 novembre a justement marqué le coup d’envoi de 16 jours consacrés aux violences subies par les femmes, avec plein de thématiques réjouissantes comme la violence domestique, le viol, l’excision,… Bref, c’est le festival du rire de la Rochelle.

Perso, 16 jours, je me demande quand même si c’est pas contre-productif. C’est vrai, si tu fêtes ton anniv’ 16 jours de suite, faut pas s’étonner qu’au bout d’un moment l’enthousiasme des gens aille un peu decrescendo. Non, faut faire dans le fulgurant, dans le bref, dans la frappe chirurgicale! On est dans une culture du zapping, on ne va pas non plus demander aux gens de s’intéresser à un truc plus de deux jours de suite… Par exemple, pour les droits de l’Homme, le 10 décembre, c’est facile, les consignes sont claires: t’achètes ta bougie chez Amnesty, tu la fais brûler, c’est bien, t’as manifesté pour les droits de l’homme, sans bouger de chez toi,  et en plus ça sent bon dans ton living. Mais là, 16 jours! La preuve que ça ne marche pas: ça fait 7 jours déjà,  et les médias n’en ont quasiment pas parlé. Pourtant, l’Institut pour l’égalité des chances a voulu frapper fort en lançant une campagne de sensibilisation intitulée: “Réagissez avant d’agir! “…Un slogan qui, finalement, rappelle assez la politique anti-terroriste de Charles Michel.

La question que je me pose, c’est pourquoi cette campagne est-elle en train de faire un flop alors qu’elle défend une cause de premier plan?

Pour faire simple, disons qu’en matière de rapport à la violence, c’est comme à l’OCAM, il y a plusieurs niveaux.  Au niveau 1, on a la violence “faible”, d’opérette, celle qu’on installe dans le canapé avec du popcorn, pleine de Tarantino, de ketchup, de kung-fu, de cascades, bref, la violence sympa, sans laquelle on en serait réduit à s’emmerder devant des films contemplatifs coréens plein de haikus sur la beauté de la feuille qui pousse.

Au niveau 2, c’est la violence “peu probable”, celle qu’on aime encore bien car elle fait rire, celle de Jackass et du Black Friday, ce jour où la majorité de la population américaine laisse son cerveau à la maison et mes ses bottes de primate pour aller dévaliser les magasins. Car oui, voir des gros qui se tartent la gueule pour un écran plat ou des pensionnés qui remontent un escalator à contre courant en perdant leur prothèse, c’est comme le Space Mountain : ça fout la gerbe, mais qu’est-ce qu’on rigole.

Au niveau 3, on trouve la violence “possible” qui nous choque, mais moins, parce que trop discrète, ou trop lointaine.  On connaissait le théorème du mort au kilomètre, là c’est la variante avec le cosinus du coup de poing sur le nez.

Et enfin, au niveau 4, arrive la violence “sérieuse et imminente”, celle qui choque l’opinion publique parce qu’elle profane le sacré, s’attaque aux symboles identitaires et vient gueuler sous les fenêtres de ton salon. Ca, c’est Paris, entre autres.
Que l’attention du monde soit focalisée sur la chasse au terroriste et la COP 21 et pas sur ma voisine au visage tuméfié, soit. Ce n’est pas un scoop, on s’habitue à tout, même au pire, et notre capacité d’attention est soluble dans la distraction permanente.

Je déplore juste que les Journées Mondiales, même pleines d’idées et de bonne volonté, restent des maigres signaux de fumée dans un monde qui crame déjà de partout.  La lutte contre la violence, et pas qu’à l’encontre des femmes d’ailleurs, mérite plus qu’une campagne d’affichage annuelle et trois bougies sur votre télé.

(Et en guise de conclusion, je tiens à rassurer les auditeurs: aucun chroniqueur n’a été maltraité durant la rédaction de ce billet. On contribue comme on peut à l’effort commun.)

Nancy-Sinatra-Bang-Bang-My-Baby-Shot-Me-Down-Kill-Bill-Vol-1

 

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