Chronique « C’est presque sérieux » 11/02/2016: Ikéya

Le mercredi 10 février fut un jour à marquer d’une pierre jaune et bleue: Ikea vient d’ouvrir ses portes à Mons, dans une ambiance de fête délirante. Mais va-t-on vraiment sauver l’économie boraine à coups de tabourets en kit?

Lien vers le podcast (billet à 26:15): « C’est presque sérieux » – La Prem1ère – émission du 11/02/2016

10 ANS! 10 ans, fieu! Ca faisait dix ans qu’on l’attendait, qu’on l’espérait, qu’on la préparait cette grande fête, et voilà, ça y est, on va enfin pouvoir dire:

“Viens fieu, on va à Ikèya aux Grand Près”.

Ah c’était beau, cette musique, cette émotion! 20.000 visiteurs , hein, qui, dès 6h30 du matin,  sont venu chercher parmi les paquets plats jaune et bleu, la manne à linge céleste, les 400 emplois  promis! 400 jobs pour 20.000 personnes, ça fait un gagnant tous les 50 visiteurs, c’est 3 fois plus de chances de gain qu’au rang 11 l’Euromillion, et 16 fois plus de chances qu’au Forem de décrocher un taff de toute façon!

Avec l’arrivée d’Ikéa, les pouvoirs locaux restent donc dans la droite ligne de la politique économique et sociale adoptée tout au long de Mons 2015, à savoir: faire venir de très loin et à prix d’or des constructions en bois pas solides, au détriment de l’artisanat local, tout en distrayant la plèbe à grand coup de flonflons et confettis.


En plus, il paraît qu’avoir un Ikéa dans le collimateur, ce serait une marque de performance économique pour la ville, (dixit Nicolas Martin, Premier échevin gérant du centre commercial les Grand Prés.) C’est vrai qu’un Ikéa, ça pousse pas comme ça, y’en a d’ailleurs que 3 en Wallonie, et quand on voit le palmarès des villes élues on comprend que c’est le prestige: Anderlecht, Hognoul, et maintenant Mons!

Rhâ, c’est les échevins de Namur et de Genval qui doivent être jaloux!

Alors évidemment, le géant suédois a bien sûr dû faire quelques petites concessions pour adapter son offre à la région boraine. On a par exemple préféré éviter les noms d’article trop longs et difficiles à prononcer. Exit donc les tables basses Flärdfelll et les canapés Knüttehgrütteshe. On a même poussé la logique jusqu’à utiliser uniquement des noms que le consommateur reconnaît et qui le rassurent, c’est pourquoi tous les articles proposés à Mons ont un nom qui commence par  “PS”, et que tout le stock est disponibles uniquement dans le coloris pot-de-vin. D’aucuns diront que c’est un peu monotone, mais c’est pas bien grave, tout le monde sait que chez les consanguins le risque de naître daltonien compte double. (Je plaisante. Je ne permettrais jamais qu’on dise du mal des daltoniens . Déjà que ça fait 20 ans qu’ils sont persuadés de voter écolo…)

Quoi qu’il en soit, l’ouverture d’Ikéa à Mons est clairement une bonne nouvelle! Reste à savoir pour qui? Ben, pas pour moi, déjà. Petite wallonne seule et exilée à la capitale, Ikea, c’était encore la seule chose qui motivait ma famille à venir me rendre visite à Bruxelles…

Pas pour Mons 2016, qui va continuer à sombrer lentement dans l’oubli. (En même temps, quand on construit un centre commercial sur un marécage…)

Quant au chanceux prolétariat du bassin borain, il va désormais pouvoir s’endetter un peu plus en achetant des tables basses skrfrrr à 4,99€, des porte-rouleau de papier toilette phosphorescents Tfffk et des serviettes en papier Ghhhhög illuminer sont triste et morne quotidien, tandis que leurs enfants se remplissent les poches de crayons gratuits.

Comme quoi, même vendues en promotion et camouflées par beaucoup de sauce aux canneberges d’un rouge éclatant, les boulettes de la spéculation politico-économique restent amères et difficiles à digérer  pour le petit consommateur.

ikea12

 

Commentaires

More from Cindya Izzarelli

A comida portuguesa : On a mangé Porto ( troisième et dernière partie)

Hé oui, suite et fin de notre saga portugaise, car toute les...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.