La La Land, le Grand Bof

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« Rayonnant », « Touchant », « Sublime », « Film de l’année »: les qualificatifs élogieux pleuvent sur le film La La Land, en salles depuis quelques jours, un film qui réussit le prodige de faire l’unanimité…Ou pas.

J’ai deux grandes qualités: je suis aussi méfiante que monomaniaque.

Du coup, avant d’entamer cettte chronique, je me suis tapé 14 pages de résultats Google, et je vous le confirme: du Hollywood Reporter à la Gazette de Marche-en-Famenne en passant par le blog de Jean-Marc Morandini et Pourquoidocteur.com, c’est l’univers entier qui s’accorde à dire que La La Land est la huitième merveille du 7e art. Le film qui manquait à votre vie, la dernière pièce du puzzle, la clé de voûte de votre vision du monde et de l’amour, une oeuvre tellement fondamentale qu’elle pourrait bien être la Pierre de Rosette de la compréhension entre les peuples, une oeuvre capable d’arrêter les guerres, d’éradiquer les épidémies et d’arracher une larme à Vladimir Poutine, un miracle œcuménique validé par le Pape, le Dalai-lama, l’Imam de Dison et Rael.

Bref, malgré ma tendance à repousser du bout du pied ce que la critique encense (parce que je pars du principe très logique que l’encens ça sert surtout à couvrir les mauvaises odeurs), j’ai donc cédé et acheté un billet pour La La Land.

Lourde erreur.

 

Ahhh, la culture. C’est compliqué, la culture. C’est compliqué parce que c’est un sport collectif, sauf que les deux tiers du temps ce sont les autres qui jouent la partie, et les autres autres qui sont aux premières loges pour en témoigner. Le reste du petit peuple entend cela de loin, par delà les murs des stades. Alors, pour rester dans le game, on fait comme on peut, on se hisse sur la pointe des pieds, on fait semblant d’avoir vu ce que tout le monde a vu, entendu ce que tout le monde a entendu, et on opine du chef à l’unisson, par peur des moqueuses représailles de la meute. Mais il y a un truc pire que de n’avoir pas vu/lu/entendu  ce que tout le monde a vu/lu/entendu: c’est de n’avoir pas aimé.

 

Le reste de cette chronique s’adresse donc à toi, oui, Toi, toi qui as vu mais n’a pas aimé La La Land, toi qui es persuadé d’être trop bête ou trop rustre pour avoir su accéder aux délices de ce qu’on t’avait vendu comme la Chapelle Sixtine du grand écran.  Toi qui, peut-être, n’as même pas osé sortir de la salle de cinéma, terrassé par la culpabilité, comme lors de cette sinistre soirée de 1998 quand tu as enduré tout un concert de Manau sans broncher, de peur de te retrouver sans amis,  tout ça pour t’entendre dire 10 ans plus tard que le hip hop breton, c’était quand même bien de la merde.

 

NON, je n’ai pas aimé La La Land.  

Kestadilààà?

 

Malgré les 14 pages de résultats Google dithyrambiques,  malgré les sept Golden Globes et les 14 nominations aux Oscars. Est-ce que j’ai la prétention de me croire plus experte que l’Académie en la matière? Grands Dieux, non. Mais je n’ai pas la prétention de me croire plus bête qu’eux non plus. Simplement, l’Académie et moi n’avons pas les même critères de sélection. Dire que La La Land est le meilleur film de l’année au seul titre qu’il a reçu des prix n’a pas de sens. On a tous connu un premier de classe chouchou des profs qui humainement parlant était un abruti fini.

J'en connais un qui va pas rire longtemps.

De même, je ne trouve même pas que c’est une bonne comédie musicale.  D’ailleurs ce n’en est pas une, plutôt un film qui emprunte aux codes de la comédie musicale par moments. ( il n’y a en fait que six chansons originales chantées sur tout le film, sept si on compte que « City of Stars » apparaît sous deux versions différentes. A titre de comparaison, West Side Story compte 16 morceaux chantés, Chicago en compte 18,  Grease en compte 24.) De plus, les acteurs chantent mal, et en ce qui me concerne c’est crispant.  Prétendre que “les imperfections de la voix de Ryan Gosling ajoutent à la fragilité complexe du rôle” revient à dire que « les erreurs de calculs de Jacqueline Galant ajoutent à son étonnant capital sympathie » (encore que, j’ai plus de sympathie pour Jacqueline Galant que pour Ryan Gosling, mais c’est une autre histoire).

Ryan Gosling chante mal, Ryan Gosling joue mal. Ryan Gosling est tellement mauvais que s’il était belge, il gagnerait les Magritte chaque année.

 

Oui mais Emma Stone?

Emma Stone est rousse, Emma Stone est « pétillante » (c’est généralement ce qu’on dit d’une actrice qui parvient à être jolie tout en dégageant un certain capital sympathie), Emma Stone a un visage expressif qui sied fort bien aux gros plans, mais son surjeu fatigue et ne pallie pas le sous-jeu de l’autre planche à tartiner déguisée en jazzman. Pour le reste, La La Land, c’est l’histoire de deux aspirants stars de la génération Y qui auraient pu tomber amoureux, mais finalement non, parce qu’ils étaient en retard sur leur plan carrière. C’est joli, c’est Technicolor, la caméra bouge bien, mais c’est froid, maniéré, trop lisse pour être émouvant, pas assez parfait pour être contemplatif.

La La Land, en gros, c’est un épisode de la Star Academy, Nikos Aliagas en moins et des plans séquences qui foutent la gerbe en plus.

 

Naturellement, cet avis est totalement subjectif et n’engage que moi. Cela dit, je n’ai pas la prétention de me croire unique et originale au point d’être la seule à penser ça. D’où question: pourquoi cette prétendue unanimité sur La La Land? Peut-être parce que la culture c’est vraiment comme la confiture: à la base il y devrait y en avoir pour tous les goûts, mais au final on se retrouve toujours à bouffer celle à la fraise parce que c’est plus simple de faire comme tout le monde.

Sorry, Ryan.

 

Et donc, qu’est-ce que tu proposes?

Si vous êtes à Bruxelles cette semaine et que vous voulez voir de la comédie musicale, allez par exemple faire un tour au Magic Land Théâtre, où la formidable pièce Mélopolis  (qui raconte les 68 jours de la Commune de Paris) se joue encore toute la semaine. Pour le prix de deux tickets UGC pour La La Land, vous aurez droit à deux heures et demie de vraie histoire avec de vraies chansons  emmenées par de vrais comédiens qui savent chanter ET jouer ET émouvoir à la première prise.

(Et si vous êtes chez vous sous la couette, et que voulez voir une vraie comédie musicale qui dépote, fait rire, émeut, je vous conseille, en vrac, Grease, Les Producteurs, Chicago, The Book of Mormon, Cabaret, The Rocky Horror Picture Show, Les Demoiselles de Rochefort, Les Blues Brothers. Ou lisez un livre, tiens, ça vous changera.)

Allez, bisous, et sans rancune.

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